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"C'est décidé, j'entre en résistance !!" (lettre d'un directeur d'école) - Sites personnels et blog de Dominique Pernoux

"C'est décidé, j'entre en résistance !!" (lettre d'un directeur d'école)

18 Octobre 2008 , Rédigé par Dom

C'est avec son autorisation que je diffuse la lettre d'un ami directeur d'école.

Merci, Roland, pour cette prise de position courageuse.

Effectivement la coupe est pleine et il est grand temps de réagir !

Lettre de Roland :

 

C'est décidé, j'entre en résistance !!

Je ne supporte plus l'hypocrisie des discours officiels qui se gargarisent de grandes phrases sur l'intérêt des élèves, sur l'égalité des chances, …, alors que les seuls critères sont comptables avec un arrière fond idéologique pour le moins inquiétant.

· Qui peut croire que l’intérêt des enfants a compté dans la suppression du samedi matin ?

· Qui peut croire que les deux heures de travail personnalisé pourront compenser le travail des maîtres spécialisés des RASED qu'on est en train de supprimer ?

Je ne supporte plus la malhonnêteté des effets d'annonce alors que j'assiste, chaque jour un peu plus à une entreprise systématique et planifiée de démantèlement de l'école publique.

Je ne supporte plus le harcèlement administratif des courriels qui arrivent par vagues. Lorsqu’ils ne sont pas accompagnés de pièces jointes (jusqu’à 20 dans un seul envoi !) ou de documents à aller chercher soi-même sur le site de l’académie, il s’agit en général d’injonctions (« merci de me transmettre – toujours dans l’urgence – telle information ») ou de rappels à l’ordre (« Sauf erreur ou omission je n’ai pas été destinataire de tel document »). Et je suis déchargé totalement ! J’imagine ce que doivent ressentir la grande majorité des directeurs, ceux qui n’ont qu’une journée ou pas de décharge du tout, lorsqu’ils ouvrent leur boite aux lettres électronique.

Je ne supporte plus le « flicage institutionnel », les multiples tableaux à compléter pour vérifier que nous faisons correctement notre travail, que nous ne tirons pas au flanc pour l’aide personnalisée, que nous participons bien à toutes les animations pédagogiques. J’ai eu la chance de vivre des stages de formation continue (pas beaucoup, il est vrai – mais quand même !) passionnants, stimulants, qui interrogeaient la réflexion et les pratiques, dont je suis sorti avec le sentiment d’avoir progressé. Que nous propose-t-on aujourd’hui ? Des grand-messes où l’on paraphrase du « PowerPoint » durant des heures, du formatage au nouveau discours officiel, de l’endoctrinement ! Pas étonnant dans ces conditions que les seules animations pédagogiques qui fassent le plein soient les animations sportives. Pas étonnant dans ces conditions que les IEN doivent demander aux directeurs de « susciter des candidatures ». Pas étonnant qu’il faille « fliquer » pour que les gens viennent !

Je ne supporte plus cette forme d’infantilisation et ce manque de confiance qui consistent à nous faire rédiger des projets (projet d’école, projet d’organisation de l’accompagnement éducatif, …) à corriger (pardon « à valider ») par les IEN.

Au mieux, ils nous reviennent « validés » avec une remarque du style « Le projet, dans sa formalisation et dans son contenu, est conforme aux attentes ». Bon élève !

Au pire, on nous demande de revoir notre copie.

Ou l’administration fait confiance à notre professionnalisme et je ne vois pas alors la nécessité de valider a priori notre travail ou alors nos supérieurs estiment que nous ne sommes pas capables de construire nous-mêmes nos projets, mais dans ce cas, qu’ils soient cohérents et qu’ils les rédigent eux-mêmes !

Par ailleurs, quelle illusion de contrôle et de toute puissance dans ce formalisme !!

Je ne supporte plus la répression rampante, les atteintes au droit de grève, la restriction du droit à l’information syndicale, ….

Je me refuse à terminer ma carrière dans la dépression, en plaignant les étudiants que je croise à l’école ou mes jeunes collègues qui ont encore quelques dizaines d’années à passer dans cette galère.

Le découragement conduit à la résignation et à l’inaction, la colère conduit à l’action et à la résistance.

Je choisis donc la colère et l’action !

Comment résister ?

Un principe d’abord : la principale priorité, la seule, ce sont nos élèves !

Tout le reste est secondaire sinon accessoire !

Faisons comme nos IEN, examinons toutes leurs exigences à la lumière d’une grille d’analyse toute simple :

· Est-ce que cette demande va aider mes élèves ?

· Est-ce que cette demande me permettra de mieux faire fonctionner l’école ?

· Est-ce que cette demande va servir à mes collègues dans leur travail quotidien au bénéfice des élèves ?

Si la réponse à ces questions est non, alors la demande n’est pas urgente, quels que puissent être les éventuels délais de réponse. Et si d’aventure, il n’y avait pas de réponse, il est au moins certain que cela ne portera préjudice ni aux élèves, ni aux collègues.

Comment résister ?

· Soyons positifs, affirmons-nous, ne restons pas isolés et ne nous laissons pas culpabiliser !

Après tout, l'école, c'est nous qui la faisons vivre au quotidien, et elle ne fonctionne pas si mal finalement, quoi qu'on essaie de nous faire croire. Même les enquêtes PISA et PIRLS, utilisées comme prétexte pour tout changer ne sont pas aussi catastrophiques que certains le prétendent, - les ont-ils lues ?

En tout cas, malheureusement, il est déjà certain, (ce n'est pas moi qui le dit mais la plupart des chercheurs en pédagogie) que ce ne sont pas les nouvelles orientations qui feront remonter le niveau de nos élèves.

Comment résister ?

· Ne nous laissons pas intimider

Retournons les agressions de l’administration contre elle :

· Il faut se déclarer gréviste 48 heures à l’avance !

Soit ! Alors déclarons-nous systématiquement grévistes. Cela ne nous engage à rien mais annule l’intérêt de la déclaration préalable et oblige les communes à se positionner sur le service minimum.

· Les réunions d’information syndicale doivent être prises sur le temps de travail hors présence élève (les fameux 48 heures) !

Qu’à cela ne tienne ; inscrivons nous massivement aux réunions d’information syndicale au lieu de participer aux animations pédagogiques. Elles seront certainement plus intéressantes et probablement aussi formatrices !

Comment résister ?

· Engageons-nous dans les mouvements pédagogiques.

Ils sont en train d'être étouffés par une réduction dramatique des subventions publiques et la suppression des postes de mis à disposition ou de détachés. Pourtant ce sont des lieux extraordinaires de rencontres, de réflexion et de formation.

L'ICEM (Pédagogie Freinet), l'OCCE, la Ligue de l'enseignement, les PEP, la JPA, les CEMEA et d'autres que j'oublie, ceux qu'on appelait il n'y a pas si longtemps, les œuvres complémentaires de l'école sont peut être les derniers remparts de cette Ecole qui prend l'enfant dans sa globalité pour le faire avancer, pour en faire un citoyen, face au dogmatisme et au formatage de ce qu'on cherche à nous imposer. Les trois quarts de ce qui fait ma compétence professionnelle aujourd'hui, c'est à leur contact que je les ai acquis et non dans l'Institution.

Comment résister ?

· Syndiquons-nous

J'entends trop souvent des collègues me dire que les syndicats ne servent à rien.

Mais les syndicats, c'est nous !

Si nous voulons qu'ils agissent plus, mieux, qu'ils soient plus près du terrain, à nous de les faire bouger, de les interpeller, de nous engager.

Ils n'existent que pour défendre nos droits et nos valeurs.

Mais en même temps, ils n'existent que par nos adhésions et notre soutien.

Je ne me suis jamais considéré comme un militant syndical, mais j'ai toujours été payé ma cotisation syndicale, pour une raison très simple : je n'oublie pas que des personnes sont mortes pour que nous ayons le droit, ce droit tout simple, d'être représentés et défendus face au pouvoir en place. Je n'oublie pas qu'aujourd'hui encore, dans certains pays pas éloignés, les syndicalistes sont menacés et assassinés.

La démocratie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas !!

Un mot encore pour terminer. Une lecture rapide de mon texte pourrait faire croire que j'en veux à nos supérieurs hiérarchiques directs, les IEN !

Il n'en est rien !

Je connais la plupart des inspecteurs du département. Il y en a que je compte parmi mes amis. J'ai suffisamment discuté ou milité avec certains d'entre eux pour savoir qu'ils ne sont pas plus emballés que moi par l'évolution actuelle de l'Ecole. Comme nous, plus que nous certainement, ils sont pris entre le marteau et l'enclume, entre l'inertie du monde enseignant et les pressions de leur hiérarchie.

Je ne voudrais pas être à leur place, mais ils ont choisi et comme nous, ils ont la liberté !

· La liberté d'être de simples courroies de transmission, d'essayer de nous convaincre que tout va bien, que les nouveaux programmes ne changent pas grand-chose par rapport aux anciens, que l'on peut faire dans les 24 heures qui nous restent tout ce qui est demandé par ces fameux programmes, même la religion et les trois heures d'allemand.

· Ou la liberté de parler vrai, de défendre leurs convictions, d'être des citoyens avant d'être des fonctionnaires !

Et peut être de résister !!!

Bon courage à vous tous.

Roland BRAUN
Directeur de l'école Saint Exupéry à Colmar
le 16 octobre 2008

Document envoyé à tous les directeurs d'école du Haut Rhin, à mes collègues de l'école, à quelques IEN ainsi qu'à quelques amis militants dans différentes associations d'Education.

Commenter cet article

MAIRESSE 26/01/2009 13:39

MERCI Monsieur BRAUN !!!!!!!!!Le mépris, l'irrespect, les manipulations insultantes du ministre et du président sont ineptes. Valeurs marchandes, comptables, apparences contre valeurs humaines. J'ai choisi et j'en suis fier. J'entre aussi en résistance pour tout au moins rester digne! La crainte est la pire des réactions: elle conduit au totalitarisme ou à la révolution!  Un maître G du nord en voie de disparition (que professionnelle...)

salvan 18/11/2008 20:38

Bravo, pour ce texte qui dénonce notre triste réalité.

girard myriam 08/11/2008 23:47

Bravo !Bravo pour votre lettre qui résume de manière claire et compréhensible par tous , la lente, mais inexorable descente aux enfers de "notre" école....Comment pouvons-nous régresser ainsi...Vous parlez de ceux qui se sont défendus pour nos droits , ces mêmes droits que peu à peu , "on "nous retire sans que personne ( même pas les syndicats) ne se révolte....Où et quand s'arrêtera ce mouvement de destruction...Comment être en accord avec soi-même , avec l'idée que l'on se faisait de l'enseignement dans de telles conditions....Et pourquoi le seuil de tolérance de tous les enseignants ( et je crois pouvoir dire " de tous les français ) est-il si élevé?Vous avez raison de spécifier qu'il nous faut être solidaires ....mais encore faudrait-il un mouvement porteur dans lequel les gens puissent se rallier...Tout le monde proteste dans son petit coin....et se sent horriblement seul...impuissant...Je vais faire circuler cette lettre ....en espérant qu'elle en fasse réagir plus d'unCordialementune collègue d'école publique

Enzo 07/11/2008 19:20

Bravo pour votre révolte et votre courage. Je ne suis pas dans l enseignement mais néanmoins dans un service public. Si tous le monde était comme vous, il y aurait certainement beaucoup de progrès et moins de pression.

Jean-Luc DURIEZ 06/11/2008 12:17

Je propose ce témoignage au site : http://www.rougemidi.org/Jean-Luc DURIEZRouges Vifs 13MARSEILLE

Gér@ 04/11/2008 00:33

Bienvenue parmi nous Roland... Nous sommes de plus en plus nombreux, et nous réunissons le 10 novembre pour un rassemblement général de la Résistance.pour ceux qui ne le peuvent pas, une grêve des achats est prévue aussi ce jour là... alors bonne Résistance !

Dominique TOUJAS 30/10/2008 14:22

Merci Roland, ta lettre tourne presque en boucle, tant elle dit le vrai du vécu de chaque directeur. Résister, oui, mais ensemble ! Les directeurs chevronnés, en fin de carrière, pleins de leur expérience, peuvent résister sans trop de crainte. Mais la pression sur nos jeunes collègues, parfois installés à la direction par obligation, est insupportable pour eux et insupportable dans son essence même (merci les IEN). C'est d'abord à nous, les "Anciens", de soutenir ces jeunes en difficulté, et de les aider à résister sans se mettre en danger face à une administration sournoise, hargneuse, insidieuse. La carotte et le bâton, ça suffit ! Que chacun de nous, dans son secteur, prenne sous son aile un ou deux de ces jeunes directeurs. On verra bien alors si nos IEN seront toujours aussi exigeants, arrogants, et s'ils mettront autant la pression sur chacun de nous. Faisons également en sorte que nos syndicats jouent vraiment leur rôle dans ce domaine, nous pouvons, nous devons l'exiger d'eux. Qu'ils fassent, pour certains, moins de politique politicienne, et plus de soutien aux collègues en difficulté. Et pour exiger cela d'eux, votons !

nath54 29/10/2008 11:56

Merci, merci du fond du coeur pour ce cri, ces pensées mises en mots qui depuis la rentrée m'étouffait peu à peu et me faisait perdre petit à petit le goût de faire face à mes 26 têtes blondes...Oui pensons à eux et arrêtons de nous prendre la tête avec les dossiers (PPAP, PPRE et condiciples) pour nous recentrer vers l'essentiel : les enfants!!Que ce message parcours la toile et interpelle chacun au plus profond de ses convictions...Cessons d'être des moutons...

Démocrite 24/10/2008 22:19

Cette lettre prend de l'ampleur, le buzz enfle sans pour autant devenir beouf et de nombreuses réactions voient le jour. nous pouvons encore amplifier cela en le faisant circuler encore et encore.... aurpès de nos syndicats, des associations, des mouvements pédagogiques... de tous les acteurs de l'éducation....

tokatlian 24/10/2008 21:45

lettre reçue aujourd'hui dan le Lot et Garonne, qu'elle tourne et vite que les gens réagissent!! que la prochaine grève soit massive, reconductible...y en a marre de dire que les syndicats servent à rien quand on ne s'implique jamaisil faut défendre des droits acquis et rendre hommage à ceux qui nous ont permis d'en profiterà suivre très vitemerci Roland ça fait chaud au coeur