Lettre ouverte à M. Gilles de Robien

Publié le par Dominique Pernoux

Lettre ouverte dont les signataires sont :

AFEF - Viviane YOUX, Présidente
AGEEM - Lucille BARBÉRIS, Présidente
AIRDF - Christine BARRÉ DE MINIAC, Présidente
CRAP Cahiers pédagogiques, Dominique GUY, Secrétaire générale
FCPE - Farid HAMANA, Président
GFEN - Odette BASSIS, Présidente
ICEM Pédagogie Freinet - Catherine CHABRUN, Présidente
LIGUE DE L’ENSEIGNEMENT - Eric FAVEY, Secrétaire national
SI.EN-UNSA - Patrick ROUMAGNAC, Secrétaire général
SE-UNSA - Luc BÉRILLE, Secrétaire général
SGEN-CFDT - Jean-Luc VILLENEUVE, Secrétaire général
SNUIPP-FSU - Gilles MOINDROT, co-secrétaire général
SNPI-FSU - Erick PONTAIS, Secrétaire général


Monsieur le Ministre,

Depuis près d’un an, vous entretenez le trouble dans l’opinion publique sur l’apprentissage de la lecture et professez le simplisme pédagogique en la matière. Vos prises de position, souvent caricaturales et aux fondements scientifiques contestés, s’opposent aux contenus même des programmes que vous avez signés.

Comment pouvez-vous déclarer en effet que « seule la synthèse (méthode syllabique) doit être employée à l’exclusion de toute autre » alors que les programmes indiquent sans ambiguïté qu’il faut recourir à deux procédures : l’approche synthétique (des lettres vers le mot) et l’approche analytique (du mot vers les lettres) ?

Comment pouvez-vous prétendre, monsieur le ministre, que la méthode syllabique est la meilleure méthode d’apprentissage de la lecture alors que, par le passé, avant même que l’on parle d’approche globale de la lecture, près d’un jeune sur deux sortait de l’école sans aucun diplôme ? Les professeurs de collège se plaignaient à l’époque que leurs élèves savaient déchiffrer mais qu’ils ne comprenaient pas ce qu’ils lisaient. On constate aujourd’hui encore, d’après une enquête INSEE de 2004, que c’est parmi les plus de 55 ans que le pourcentage de personnes ayant des difficultés de lecture est le plus important.

Comment pouvez-vous affirmer que votre démarche s’appuie sur des études scientifiques alors que vous empêchez des chercheurs de s’exprimer et que les soutiens que vous avez évoqués prennent ouvertement leurs distances comme viennent de le faire plusieurs chercheurs en neurosciences lors d’un séminaire du Collège de France en déclarant : « La psychologie cognitive ne prescrit pas de méthode unique d’enseignement » ou encore « les approches synthétique et analytique sont toutes les deux efficaces ?

Monsieur le ministre, vous affichez publiquement des positions qui sont en contradiction avec celles des programmes que vous avez signés.

Vous déformez délibérément les résultats aux différentes évaluations pour pouvoir prétendre que les élèves ne savent plus lire et que l’Ecole est en danger.

Vous écartez des chercheurs reconnus des dispositifs de formation sous prétexte que leur parole n’est pas en conformité avec votre discours.

Vous menacez les enseignants du premier degré d’une enquête pour vérifier s’ils appliquent vos consignes et à l’inverse, vous soutenez officiellement les promoteurs du retour aux méthodes pédagogiques d’il y a un siècle et qui sont en contradiction avec les programmes officiels actuels.

Vous engagez les parents à dénoncer les maîtres qui n’appliqueraient pas une méthode exclusivement syllabique, alors qu’ils n’ont pas les compétences pour identifier la méthode utilisée et que ce n’est pas leur rôle.

Jusqu’où irez-vous monsieur le ministre, dans le dénigrement des enseignants et le mépris des parents ? Jusqu’où ira votre acharnement ?

Parents, nous considérons que la réussite de nos enfants aujourd’hui ne passe pas par le retour aux méthodes du passé. Nous considérons que c’est par le dialogue entre enseignants, parents et responsables de l’Education nationale que le progrès est possible dans le domaine de l’éducation. Nous rejetons toute forme d’autoritarisme.

Enseignants, nous sommes des professionnels. Nous connaissons et respectons les programmes d’enseignement. Nous oeuvrons tous avec détermination et professionnalisme pour conduire le plus grand nombre d’enfants à la maîtrise de la lecture et de l’écriture.

Inspecteurs de l’Education nationale, conseillers pédagogiques et formateurs d’enseignants, nous avons toujours fait en sorte d’aider les enseignants dans leur pratique professionnelle dans le respect de la personnalité de chacun et dans l’intérêt des élèves.

Militants d’associations éducatives, nous savons par notre engagement au côté de l’Ecole que l’apprentissage de la lecture passe par des voies multiples et diversifiées et mérite mieux que les slogans et les simplismes.

La réussite des élèves ne peut se résumer à une affaire de méthode. Au-delà du professionnalisme nécessaire, elle nécessite une relation de coopération et de confiance entre les parents et les enseignants, relation nourrie par le dialogue et que nous nous employons quotidiennement à construire.

Aussi, nous vous demandons, monsieur le ministre, de cesser de caricaturer l’apprentissage de la lecture, de mettre en cause la formation des enseignants et d’entretenir la suspicion au sein de notre système éducatif, car en faisant cela, c’est vous qui mettez l’Ecole en danger.



Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Si anitas pense que "la secte des didacticiens" inclut les enseignants, elle se trompe.  Les didacticiens n\\\'ont pas de vrais eleves, en ont rarement vus, ou ne savaient pas comment s\\\'y prendre, et se sont donc refugies dans les temples des sciences de l\\\'education pour ne plus devoir affronter une vraie classe.  A partir de ce moment, ils imposent leurs dogmes pendant la selection et la formation des jeunes enseignants.Ce que je denonce, c\\\'est que cette secte tient fortement le recrutement et la "formation" des enseignants en main, ne tolere gere une deviation de leurs dogmes, se justifie d\\\'un discours pseudo-scientifique pour ecarter toute interference externe (par des pouvoirs politiques, parents, ...) et... reproche exactement ce comportement a un ministre.  Cela ne justifie pas le comportement du ministre.  Mais il peut peut-etre faire contre-poids a une attitude "didactiquement correcte" monolitique qui ne permet pas, elle non plus, une deviation de la pensee unique.  Ce qui fait rire c\\\'est que ces dogmatiques denoncent la limitation de la liberte de l\\\'enseignant, tandis qu\\\'ils ne la permettent pas eux non-plus (voir example que j\\\'ai cite sur une enseignante qui voulait utiliser Leo et Lea, mais il y en a beaucoup).Cela ne veut pas dire qu\\\'il n\\\'y ait de vrais scientifiques de la didactique.  Mais ce ne sont pas ceux-la qu\\\'on entend.Donc, quelque part, s\\\'il y avait vraiment liberte d\\\'enseignement (a condition que les results suivent!), recherche objective et non-dogmatique pour trouver les meilleures facons d\\\'enseigner et une reelle pratique et demarche scientifique, l\\\'action du ministre serait tres condamnable.  Par contre, si (comme s\\\'est le cas) une vision fermee et dogmatique est imposee par un clan de pseudo-scientifiques auto-proclames, autant porter un coups dans la marre pour re-equilibrer les positions.  Donc bien que critiquable dans le principle, ce que fait le ministre peut etre, dans la pratique, une tres bonne chose.
Répondre
A
Très courageux cet Anonymous.<br /> Je ne comprends pas son discours alambiqué, bien mieux celui des pédagogo alors que je ne fais pas partie de la secte puisque je n'ai pas encore eu le concours.<br /> Bravo à cette lettre et à leurs auteurs car en ce moment il devient dangereux d'afficher ses opinions.<br /> Merci beaucoup pour ce site que je consulte chaque jour et qui m'aide beaucoup dans ma préparation au concours et plus...
Répondre
A
Je m'explique un peu: la "lettre au ministre" qui l'accuse de rethorique pseudo-scientifique (c'est sans doute vrai), est elle-meme un example de rhetorique pseudo-scientifique (et donc de charlatanerie).  Toute ma vie, dans ma profession, j'ai traque l'imposteur scientifique (avec succes variable...).   Dans ce debat, les "didacticiens" se comportent aussi comme imposture scientifique! Qu'est-ce un scientifique ?  Quelqu'un qui a un "poste" ?  Quelqu'un qui a "un diplome" ?  Quelqu'un qui est "bien connu" ? Un scientifique n'est rien de tout cela.  C'est une personne qui utilise une demarche scientifique.   C'est a dire: qui essaie, par experimentation, de demontrer que la theorie qu'il defend est fausse.  C'est le fameux critere de falsifiabilite de Popper. Quand on se demande si un propos, par une personne, est un propos scientifiquement fonde, il faut toujours se demander si dans l'argumentaire, on a vraiment tout essaye pour demontrer que la proposition est fausse.  C'est en quelque sorte l'inverse de la rhetorique. Regardons la lettre de plus pres: "que la méthode syllabique est la meilleure méthode d’apprentissage de la lecture alors que, par le passé, avant même que l’on parle d’approche globale de la lecture, près d’un jeune sur deux sortait de l’école sans aucun diplôme ?" D'abord, il y a association de "methode synthetique" et "le passe", puis, il y a association entre "succes de la methode" et "avoir un diplome a la sortie".  Comme preuve: l'analyse des +55 ans versus les jeunes gens. Pour que ce pourcentage soit une mesure du succes d'une methode de lecture, il faudrait: - montrer que les criteres pour avoir un diplome dans le passe soient les memes que aujourd'hui, et basee sur le succes de la methode de lecture seule.  Ceci est clairement faux: les jeunes ont passe plus de temps sur les bancs d'ecole que les anciens, un diplome n'etait pas seulement fonction du succes de la methode de lecture, etc... On peut presque egalement offrir l'argument contre une methode syllabique car il y avait plus d'accidents de voiture dans le passe que maintenant: les deux statistiques n'ont pas grand-chose a voir.  On voit ici donc un argument pseudo-scientifique, qui essaie d'utiliser des "mesures empiriques" pour demontrer une "verite" qui n'en suit pas du tout (mais qui semblent, a premiere vue, avoir une relation, et donc peuvent servir comme technique associative, comme dans la publicite). "Comment pouvez-vous affirmer que votre démarche s’appuie sur des études scientifiques alors que vous empêchez des chercheurs de s’exprimer et que les soutiens que vous avez évoqués prennent ouvertement leurs distances comme viennent de le faire plusieurs chercheurs en neurosciences lors d’un séminaire du Collège de France en déclarant : « La psychologie cognitive ne prescrit pas de méthode unique d’enseignement » ou encore « les approches synthétique et analytique sont toutes les deux efficaces ?" Ici, on affirme donc que du point de vue purement scientifique, les efficacites des methodes synthetiques et analytiques ne sont pas differenties avec les donnees que l'on a.  Entre parentheses, ceci contredit donc le point precedent (avec les >55 ans qui ne savent pas lire, faute de methode analytique). Mais pire, il est donc reconnu qu'il n'y a pas de consensus scientifique.  Le ministre est donc coupable de favoriser les methodes synthetiques, et les "didacticiens" sont donc coupables (voir precendente contribution) d'imposer les methodes analytiques.  Mais les didacticiens se veulent "scientifiques". "Parents, nous considérons que la réussite de nos enfants aujourd’hui ne passe pas par le retour aux méthodes du passé. Nous considérons que c’est par le dialogue entre enseignants, parents et responsables de l’Education nationale que le progrès est possible dans le domaine de l’éducation. Nous rejetons toute forme d’autoritarisme." Beaucoup de parents se sentent intuitivement plus a l'aise avec une methode synthetique.  Mais quand ils disent cela, les "didacticiens" mettent leurs casquettes de "scientifiques" et envoient ces pauvres ploucs de parents, car, eux, les scientifiques, savent qu'il faut faire de l'analytique.  (sauf qu'ils viennent d'avouer que scientifiquement ils n'ont rien etabli du tout).  Contre toute forme d'autoritarisme fait rire quand on sait la punition sociale et professionelle qu'attend un enseignant qui veut faire contre le dogme des didacticiens. Donc, autoritarisme n'est permis que quand on suit les dogmes du didacticien-analytique.  "Aussi, nous vous demandons, monsieur le ministre, de cesser de caricaturer l’apprentissage de la lecture, de mettre en cause la formation des enseignants et d’entretenir la suspicion au sein de notre système éducatif, car en faisant cela, c’est vous qui mettez l’Ecole en danger" Apart nous, didacticiens, point de salut...  si on ose critiquer les dogmes des grands gourous, on met l'Ecole en danger.
Répondre
A
C'est rigolo, cette lettre qui reproche a un ministre des formes d'autoritarisme.  Car bien sur, la secte de la semi globalite n'intimide pas ...Allez donc lire sur le forum des enseignants http://www.leoloa.org ce qui est arrive a une enseignante qui voulait utiliser cette methode dans sa classe ; comment ce systeme sectaire qu'est devenu l'Education Nationale defend la liberte de l'enseignant...Comme je l'ai ecrit dans une autre contribution sur ce site, la secte des didacticiens est victime d'un comportement sociologique appele "groupthink", et le ministre est vu comme un attaquant a leurs prerogatives. J'ai vu cela dans d'autres domaines. 
Répondre