Lettre commune envoyée à l'UNEF par le Sgen-CFDT, le SE-UNSA, l’UNSA Éducation et Sup’Recherche UNSA suite à son invitation à une intersyndicale sur la mastérisation
Monsieur le Président,
Cher Jean-Baptiste,
Nous avons bien reçu votre proposition de rencontre pour le 26 novembre des fédérations de l’éducation et des syndicats de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur. Nous souscrivons à
votre objectif de définir ensemble les moyens de faire échec à cette réforme régressive de la formation des enseignants.
Cependant, les objectifs d'une telle réunion doivent être clarifiés. Dans le contexte actuel, il serait contre-productif qu'elle débouche sur un texte a minima rendant impossible la clarté et la
cohérence des propositions. C'est pourquoi nous souhaitons par ce courrier pointer les éléments qui, pour le Sgen-CFDT, le SE-Unsa, Sup’Recherche-Unsa et l’Unsa-Éducation, sont incontournables pour
véritablement avancer.
Pour que le corps enseignant porte l'objectif de la réussite de tous depuis l'entrée en maternelle jusqu'au lycée, il est impératif que tous connaissent les objectifs et fonctionnements des
différents niveaux et comprennent la place de chacun dans le processus de formation des élèves. Cela implique bien sûr que ces enseignants soient formés à la fois sur la ou les disciplines qu'ils
doivent enseigner, mais aussi sur les méthodes pédagogiques qui permettent de réussir l'appropriation des contenus par les différents publics rencontrés.
Les modalités de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants, présentées aux organisations syndicales le vendredi 13 novembre et aux organisations étudiantes le 18 novembre, loin
de répondre à ces objectifs, sont les pires auxquelles on pouvait s’attendre. Ces décisions ont été rendues possibles par la publication des décrets du 29 juillet dernier portant modifications des
modalités de recrutement et de concours des personnels enseignants et des CPE. Aussi, leur retrait est-il un préalable indispensable sur lequel l’intersyndicale devra se prononcer sans
ambiguïté.
Ces décrets ont permis, en particulier au gouvernement, de fixer l'admissibilité pendant l'année de M2 alors que le rapport Filâtre pointait qu'une telle option était la pire des solutions. De
nombreuses organisations avaient défendu une admissibilité en fin de M1 pour tous les concours dans le cadre des groupes de travail du mois de mai dernier. Ces mêmes organisations ont renouvelé
cette demande par la publication d'une lettre ouverte le 16 octobre dernier.
L'admissibilité en M2 a pour conséquence de réduire de façon considérable la place de la professionnalisation dans la formation des futurs enseignants et signe de facto, plus que la disparition des
IUFM, celle de l'expertise accumulée en matière de formation professionnelle par ses personnels.Le maintien des IUFM dans l’Université constitue donc aussi un point majeur.
Dans le document ministériel, il n'a pas été question des compétences attendues par les futurs enseignants et CPE. La réaffirmation de la nécessité d'avoir un « référentiel métier » unique,
s'appuyant sur le référentiel de compétences du cahier des charges de 2006 de la formation des enseignants est aussi une nécessité qui devra être affirmée. De plus, l’organisation des
admissibilités proposée conduira des dizaines de milliers de jeunes non admis dans une impasse professionnelle.
Sur l'accompagnement social des étudiants, nos organisations jugent les mesures insuffisantes et expriment plusieurs inquiétudes sur :
- leur pérennité : les dispositifs d'aides proposés peuvent facilement être remis en cause à moyen ou long terme ;
- leur nature : les bourses au mérite sont loin de garantir l'égalité républicaine car il y a une forte
corrélation entre les chances de réussite universitaire et l'origine sociale des étudiants ;
- leur quantité : même si le ministère estime qu'elles sont conséquentes, la situation des personnes
qui échoueraient au concours et redoubleraient leur année doit être étudiée.
En conséquence, le gouvernement doit ouvrir les négociations que nous n'avons cessé de réclamer tout au long du processus. Les bases doivent en être différentes, comme l'a exprimé de manière quasi
unanimes l'ensemble de la communauté éducative (étudiants, enseignants, universités, IUFM, parents, lycéens…).
Tu l’auras compris, nos organisations sont prêtes à travailler et à se mobiliser dans l’intersyndicale.
Mais cela ne peut se faire, pour nous, que sur des revendications claires, c'est-à-dire une plate-forme commune sur laquelle les fédérations, mais aussi les syndicats, devront s’engager.
Bien cordialement,
Christian CHEVALIER, secrétaire général du SE-UNSA
Patrick GONTHIER, secrétaire général de l’UNSA Éducation
Yves MARKOWICZ, co-secrétaire général de Sup’Recherche UNSA
Thierry CADART, secrétaire général du Sgen-CFDT
Source : document publié sur la liste de diffusion "Coordination nationale de la formation des enseignants"
Lettre au format pdf :
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